XVIIIe siècle
Les objets
Berline d'apparat
Berline d'apparat de la famille Caprara
Bologne (Italie), 1789
Cette berline de grand gala a probablement appartenu au sénateur bolonais Carlo Caprara Montecuccoli (Bologne, 1755 - Milan, 1816), qui fut nommé pour la seconde fois gonfaloniere en 1790. Le gonfaloniere, placé à la tête du Sénat, était élu pour deux mois. C'est peut-être à cette occasion que Carlo Caprara commanda cette voiture à Mauro Gandolfi (1764-1834), issu d'une famille d'artistes bolonais. Mauro Gandolfi n'aurait disposé que de trois mois, au lieu des deux ans habituellement requis, pour exécuter sa commande. Le jour fixé pour la mise en fonction de la voiture, elle reçut, d'après Gandolfi, « les applaudissements universels du peuple rassemblé », ce qui donne à penser qu'elle fut commandée pour une entrée solennelle. Par la suite, cette berline fut vraisemblablement utilisée comme voiture de luxe d'usage courant, que l'on attelait pour l'usage journalier à deux chevaux, ce que suggèrent les harnais qui nous sont parvenus avec la voiture. Son décor conjugue le baroque tardif avec le néoclassicisme. Le premier s'exprime surtout dans l'abondante ornementation sculptée. Cette berline présente aussi un riche décor peint, dont les sujets mythologiques couvrent la totalité des panneaux de la caisse, une technique de peinture qui apparaît au 18e siècle grâce à la mise au point des laques connues sous le nom de vernis Martin. Sur le côté gauche, sous un ciel aux tonalités roses, est représenté un épisode de la guerre de Troie, L'enlèvement d'Hélène. Cette voiture serait la seule dont Mauro Gandolfi assura à la fois la maîtrise d’œuvre, la conception du décor sculpté et la réalisation du décor peint. On sait d’après sa biographie qu’il fut aussi l’auteur des peintures de deux autres voitures de gala. Fait exceptionnel, il pourrait s'agir de deux voitures également conservées au musée, dont l'une porte la signature de Mauro Gandolfi et la seconde, des peintures où l'on a identifié sa main.
Berline de voyage
Berline de voyage des rois d'Espagne
Espagne, vers 1750
Seule voiture royale d'usage officiel du musée, cette voiture de voyage, qui est aussi la plus ancienne de la collection, fut utilisée en 1808 par le prince héritier – qui régna sous le nom de Ferdinand VII – sur le chemin de son exil en France, où il résida sur ordre de Napoléon Ier au château de Valençay (Berry), propriété de Talleyrand. Si cette lourde berline présente des caractères dignes d'une voiture royale – caisse en bois sculpté et doré, intérieur tapissé de velours cramoisi, portières aux armes royales d'Espagne...-, sa forme étonna Talleyrand, qui la jugea « tout à fait gothique ». Son apparence était en effet fort incongrue en ce début de 19e siècle, notamment du fait de la très grande taille de ses roues arrière et de son mode de suspension. La caisse est montée sur deux longues et épaisses soupentes en cuir noir, complétées par de fortes courroies verticales en cuir, dites courroies de guindage, destinées à limiter ses balancements latéraux, un système de suspension qui caractérise les premières berlines apparues dans le dernier quart du 17e siècle. Ce modèle de voiture demeura répandu en Espagne jusqu'en 1770-1780. Il était préféré aux voitures habituelles du cortège royal afin de voyager sur des routes peu carrossables, les très grandes roues arrières facilitant le passage des trous. Pour le voyage, les mules étaient aussi utilisées de préférence aux chevaux. On rapporte ainsi que cette berline voyagea attelée de huit mules blanches.